12 mai - Journée internationale de l'infirmière

Soigner - un travail d'équipe
Mais une équipe performante !

Chaque jour, des soins sont prodigués dans les situations les plus variées. Des personnes de tout âge, de provenances diverses et au bénéfice de différents types de formation soignent des enfants, des adultes, des personnes âgées - à domicile, dans les EMS, les cliniques psychiatriques ou dans les hôpitaux. Chacune de ces situations a ses exigences particulières, mais une chose leur est commune : pour soigner, la bonne volonté seule ne suffit pas, un savoir professionnel est indispensable - celui des infirmières.

Pas d'orchestre sans premier violon
Pas d'équipe sans personnel infirmier diplômé

Les équipes soignantes sont composées d'infirmières diplômées secondées par d'autres professionnels de la santé. Ceux-ci sont en mesure de soutenir les infimières, mais non de les remplacer. Et cela vaut pour tous les domaines : dans les cliniques psychiatriques, les hôpitaux, les EMS et à domicile.

Les infirmières sauvent des vies !

Les infirmières savent comment s'y prendre. Elles protègent et sauvent des vies. Jour et nuit. Dans les hôpitaux, les cliniques psychiatriques, les EMS et à domicile.

 

Visibilité : pourquoi cette campagne ?

L'ASI a proclamé 2005 "Année de la visibilité des soins infirmiers". Pourquoi cette campagne ? Pourquoi cet appel ? Parce que, pas seulement en Suisse d'ailleurs, mais probablement à un niveau planétaire, les soins infirmiers sont en crise. Suzanne Gordon, journaliste américaine qui a beaucoup inspiré notre travail depuis quelques années, consacre son dernier livre à la crise globale des soins. Moi-même ai pris l'habitude de dire que notre profession est en état de siège. Au risque d'être pris pour un prophète de malheur, je dois constater qu'hélas, un grand nombre de nos collègues sont loin, très loin de se douter de la gravité de la situation. Et pourtant, celle-ci a vraiment de quoi nous faire frémir. Comment se fait-il que cette profession pourtant si respectée, si l'on en croit les sondages, soit en passe de tomber si bas ? En effet, n'est-ce pas une chute profonde lorsque les décideurs discutent ouvertement de réduire de moitié les effectifs d'infirmières diplômées ? pour parler clair : une infirmière sur deux serait superflue et pourrait sans autre forme de procès être remplacée par de la main d'oeuvre meilleur marché .

Comme toujours, la crise est due à une conjonction de facteurs. Longtemps, on nous a laissé faire notre travail tranquillement. Nous bénéficiions d'un consensus, l'utilité de notre travail et donc la nécessité de le payer était indisputée, et - ô grand et - la société mettait à disposition sans rechigner les moyens de le payer. Grâce à la résurgence triomphale du néo-libéralisme, tout cela a basculé. La politique s'est mise à serrer de plus en plus la vis budgétaire, affamant artificiellement l'état et réduisant de plus en plus ses moyens de s'acquitter de ses tâches, telles que le financement d'un système de santé à la portée de tous. Qu'est-ce que cela signifie ? Cela signifie que nous sommes soudains confrontées à une rhétorique de laquelle nous n'avions ô combien ? et nous nous en flattions - pas l'habitude : une rhétorique économique, utilitariste, froide, dure et sèche. Des gens pour lesquels tout ce qui compte sont des francs et des centimes nous somment de justifier notre utilité, notre valeur marchande, et jusqu'à notre existence même.

Je peux vous dire que j'ai moi-même longtemps abhorré ce discours. Maintenant encore, il ne m'est pas sympathique, bien s'en faut. Et pourtant, pourtant je crois qu'il a lui aussi ses vertus. A force de réfléchir sur la visibilité des soins, j'ai acquis la conviction que c'est un défi qu'il vaut la peine de relever, et que nous sommes à la hauteur. Et c'est là que je vois un défi autrement difficile, un défi au deuxième degré : c'est que nous n'obtiendrons ce que nous revendiquons qu'à la condition d'être absolument persuadées que nous le méritons. Et c'est là qu'insidieusement, de temps en temps je doute. Ce professionalisme, qui a trouvé sa manifestation dans la tertiarisation de notre formation, et qui ne sera parfait que lorsque nous nous serons débarrassées du statut de profession auxiliaire, correspond-il à l'image que nous avons de 2 notre propre profession ? Lorsque nous nous battions pour que le parlement fédéral passe la motion Joder, je me suis rendu compte que notre pire ennemi dans cette bataille est notre propre pusillanimité (joli mot, n'est-ce pas, pour désigner une méchante
chose : Robert : « qui manque d'audace, craint le risque, les responsabilités »).

Je prétends donc que nous n'avons pas à craindre le discours monétariste ? et qui plus est, que ce discours constitue, si nous avons l'audace de la saisir, une chance. Vous voulez parler finances ? Soit. Savez-vous ce que coûte en moyenne le traitement d'une escarre ? Celui d'une fracture du col du fémur ? Alors, quand la ministre de la santé publique du Canton de Zurich prétend faire des économies sur les dotations d'infirmière en obligeant celles-ci à tourner leurs patients moins souvent ça, c'est un discours qui me fait mourir de rire. Et pourtant, il nous faut bien le prendre au sérieux, car il montre et il prouve à quel point même les échelons supérieurs de la politique ignorent :
- ce que fait une infirmière diplômée
- « à quoi ça sert »
- et pourquoi, crénom, il faut bien un diplôme pour le faire.

Paradoxalement, malgré l'évolution considérable de notre profession depuis Florence Nightingale, la manière dont nous nous percevons nous-mêmes, et partant, la manière dont nous parlons de nous et de nos soins, est restée « victorienne ». C'est un vocabulaire qui n'est pas faux en soi et loin de moi de vouloir le tourner en dérision. Le problème, c'est que les temps ont changé. Les termes mêmes qui servirent à Florence à obtenir des autorités de l'époque ce dont elle avait besoin pour soigner les pauvres bougres blessés en Crimée se sont mués en une lourde hypothèque et sont sur le point, si nous n'y parons au plus vite, de casser les reins de notre profession et de la catapulter dans l'insignifiance. Pour qui veut en savoir plus, je vous invite à assister dans trois petits mois à la conférence que tiendra Suzanne Gordon au Congrès de Davos, et en tout cas à lire ses chroniques dans notre revue.

Pour récapituler, nous sommes confrontées à deux problèmes :
1) par (fausse) modestie et/ou orgueil, nous rechignons à parler publiquement de notre travail
2) et lorsque nous y consentons, nous le faisons en des termes qui en règle générale ne rendent aucune justice à la complexité de notre tâche, ou alors en nous servant d'un jargon assez prétentieux, académicoscientifique typique d'un certain complexe d'infériorité

En tout état de cause, notre mutisme ? total ou relatif ? est révélateur d'une grave crise identitaire. Sommes-nous, nous-mêmes, conscientes de la valeur de notre travail et sommes-nous, nous-mêmes, capables de décrire l'essence de notre art?

Au congrès de l'année dernière du RCN (l'association de nos collègues britanniques), la section d'Exeter déposa une motion intitulée « Are we too posh to wash ? » ; c'est presque intraduisible : les soins de base sont-ils trop vils pour nous ? Evidemment, il s'agissait d'une provocation, mais d'une provocation à très bon escient. Je crois que dans la situation actuelle, une réflexion analogue s'impose chez nous. Le modèle de financement des soins envisagé par le conseil fédéral implique une disqualification 3 inacceptable des soins de base. Or, ce mépris ne se limite pas aux milieux administratifs pas trop au fait des derniers développements de notre science ; je pense à tel infirmier en psychiatrie, professionnel des plus compétents par ailleurs, pour lequel la notion qu'une partie de ses prestations constitue des soins de base est une « insulte à sa profession ». Inversement, nombreuses sont les infirmières « postmodernes » qui ne montrent que de l'écoeurement pour ce qui ne fait pas partie du domaine autonome des soins. Je suis convaincu que cette opposition est artificielle et ne mène qu'à des prises de bec futiles. La vérité, c'est qu'à l'heure ou les premières volées d'ASSC frappent à la porte, et paradoxalement au lendemain de la revalorisation de notre formation de base, l'ensemble des soins infirmiers a besoin d'être réhabilité. I l n'a jamais été aussi vital de montrer à ceux qui tiennent les cordons de la bourse ? les politiciens, santésuisse, et en fin de compte les électeurs, les contribuables et les payeurs de cotisations d'assurance-maladie ? que pour accomplir la mission que nous confie la société, il faut bien plus qu'être né de sexe féminin, qu'être gentille, attentive, diligente et habile de ses mains. C'est une tâche ardue, il est vrai ; c'est un combat contre les apparences, contre des stéréotypes profondément enracinés. I l s'agit d'expliquer que baigner un patient, c'est bien plus que lui faire prendre un bain ; que lorsque nous parlons avec lui, c'est bien plus qu'un brin de causette ; que lorsque nous prenons le café ou faisons des commissions avec lui, ce n'est pas pour nous moquer de sa caisse-maladie, mais par exemple pour l'aider à sortir d'une dépression et lui apprendre à affronter le monde extérieur? I l s'agit d'expliquer que bien souvent, c'est la qualité de nos observations, la justesse de notre interprétation et l'urgence de notre réaction qui lui épargnera une complication, une rechute, une hospitalisation ou qui lui sauvera la vie.

J'aimerais achever sur le constat suivant : notre visibilité n'est pas une option. Nous n'avons pas le choix. C'est une obligation. Si nous y faillissions, nous trahissons notre mission envers nos patients, présents et futurs, donc envers la société tout entière. La société nous confie la charge de ses membres les plus vulnérables : les malades, les blessés, les nouveaux-nés, les mourants. La société a donc le devoir de nous mettre à disposition les moyens d'accomplir cette mission. Mais pour ce faire, la société a besoin de savoir ce que nous faisons et ce dont nous avons besoin pour le faire. Et c'est notre responsabilité de le lui dire.

Pierre-André Wagner Responsable du service juridique SBK-ASI

(Exposé présenté à l'Assemblée générale de la section Fribourg de l'ASI, le 7 avril 2005)

 

Image de la profession infirmière

Une étude très intéressante de Gabriela Chaves, politologue - ethnologue, menée pour le Service de la Santé publique de l’Etat de Vaud, sur l’image que la profession «Infirmière» a d’elle-même.

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Des chiffres et des faits

  • L’ASI se compose de:
    - un Secrétariat central au niveau national
    - 13 sections régionales
    - 6 associations spécialisées
    - 12 groupes d’intérêts
    - un centres de formation
    - une filiale Concret SA (organisme unique en Suisse de certification de la qualité des soins infirmiers)

  • L’ASI édite la revue professionnelle Soins infirmiers avec un complément sur le marché de l’emploi pour le personnel infirmier et de nombreuses offres intéressantes de formation continue. Parution mensuelle: 27’914 exemplaires (2010).
  • En tant que partenaire de santésuisse, l’ASI réglemente l’activité à titre indépendant des infirmières et infirmiers. Environ 1’500 professionnels ont déjà adhéré à la convention.
  • L’ASI organise un congrès national de trois jours, réunissant quelque 1'400 infirmières et infirmiers venant de toute la Suisse pour s’informer et échanger leurs expériences.
  • L’ASI réglemente depuis plus de 30 ans quatre formations postdiplômes en soins infirmiers reconnues au niveau suisse (anesthésie, soins intensifs, salle d’opération et clinicienne) et a délivré 17 000 certificats de capacité. L’ASI reconnaît et contrôle 250 centres de formation en Suisse.
  • L’ASI propose un grand nombre de publications, utiles dans le quotidien des soins et l’enseignement. Plus de 17'000 brochures sont commandées au Secrétariat central chaque année.
  • L’ASI dépense chaque année environ 230'000 francs pour la protection juridique de ses membres.
  • L’ASI accorde par année des bourses pour un montant d'environ 70'000 francs à titre de contribution au développement professionnel de ses membres.
  • La Fondation de secours de l’ASI accorde des prestations de soutien s’élevant chaque année à 50’000 francs.
  • L’ASI est représentée dans quelque 40 organisations nationales et internationales. Elle s’y engage en particulier en faveur du financement et de l’assurance de la qualité des soins ainsi que pour la formation initiale et postdiplôme des infirmières et infirmiers.
  • L’Association suisse des infirmières et infirmiers (ASI) compte 26'000 membres, soit un tiers des infirmières et infirmiers diplômés travaillant en Suisse.
Mis à jour le 03 octobre 11

 

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